samedi 18 avril 2009
Quartier du Beugnon
Les habitants sont excédés
Des habitants du quartier du Beugnon, à Montbard, sont excédés et ont tenu à le faire savoir. Ce soir-là, ils ont vidé leur sac : « Nous sommes dans un quartier sensible, au niveau de la délinquance. Il y a un phénomène de bande dans le quartier dont nous ne venons pas à bout. Mais on ne peut pas en discuter avec les concernés, sinon, on est attaqués personnellement » dira cette dame, avant d'ajouter : « Mais ce n'est plus vivable ! Il y a des rallyes, des courses poursuites, on nous jette des ballons dans les fenêtres. On ne dort plus de la nuit. Et si j'ai le malheur de réagir, on me crève mes pneus, je me fais insulter. Ce sont des menaces verbales, physiques aussi. On vit toujours dans l'inquiétude. Et je précise que ce ne sont plus des jeunes, ce sont des adultes de 20 à 30 ans ».
Cette dame raconte avoir téléphoné plusieurs fois à la gendarmerie. Mais lorsque la patrouille arrive, même rapidement, les fauteurs de troubles ont pris la poudre d'escampette. Et comme le précise le capitaine Sagon « Là aussi nous agissons dans le cadre de la loi. Pour qu'il y ait une infraction, il faut qu'on la constate. Et on ne peut pas mettre une patrouille toute la nuit au Beugnon. ».
« C'est intenable »
« Mais tout le monde sait qui ils sont ! » s'insurge l'interlocutrice. « Peut-être, mais si il n'y a pas d'éléments constitutifs d'infraction, nous ne sommes pas autorisés à interpeller. Si lorsque l'on arrive, ils ne font rien de mal, nous ne pouvons les arrêter juste pour délit de faciès ».
La dame continue. Visiblement, elle n'en peut plus : « Ils se mettent dans les halls d'immeubles, nous avons retrouvé de l'urine dans les poussettes. Et si on leur dit quelque chose, je ne vous parle pas des représailles. C'est intenable ». Le capitaine Sagon l'informe donc que sur ce type de conflit, les bailleurs peuvent intervenir également : « Par exemple, ils peuvent revoir l'attribution d'un logement. Car dans ces affaires, il faut que chacun prenne ses responsabilités ». « Mais ce ne sont pas des gens de notre bâtiment ! » lui répond-elle.
De son côté, l'adjudant-chef Nouchet donne plus de détails sur les interventions : « Concernant la surveillance générale de Montbard, il y a une patrouille tous les soirs, six jours sur sept. Et s'il n'y a pas de patrouille, le Psig vient en complément. C'est systématique, le quartier du Beugnon est un passage obligatoire au départ et au retour de la patrouille. La dernière fois, nous étions sur place, donc nous sommes intervenus en 2 ou 3 minutes, mais effectivement, il n'y avait plus personne. Nous n'avons pas trouvé de véhicules, mais nous avons vu des traces. Mais il est vrai que nous sommes repérés rapidement ».
Et pourtant, la délinquance baisse
Au passage, le capitaine Sagon soulignera quand même que la délinquance à Montbard, contrairement aux idées reçues, a baissé de 38 %, soit plus de 700 crimes et délits en 2002 pour 446 en 2008, tout en précisant : « Je comprends qu'il y ait de l'exaspération, mais l'insécurité, ce sont aussi des chiffres. Et nous ne sommes pas sur une explosion de la délinquance ».
Des chiffres auxquels les habitants du Beugnon semblent insensibles, tel ce deuxième intervenant : « Je pense que c'est cette table de ping-pong qui sert de lieu de rassemblement qu'il faut enlever. Moi, je fais les 3 x 8 et je n'en peux plus de ne pas dormir. Et là, il commence à faire beau. Tout le monde est content, sauf nous, car ça va être pire. Je préfère quand il pleut. Ne pouvez-vous pas également nous soutenir pour obtenir d'OPH des digicodes ? Ne peut-on pas aussi interdire ce genre de rassemblement ? ». La maire Christelle Silvestre, a souligné que des décisions du type déplacer la table, ne ferait que déplacer le problème : « Et la liberté de rassemblement a toujours existé. Les jeunes veulent un lieu de rassemblement. Il faut leur trouver un endroit où ils puissent se poser et où ils n'embêtent personne ».
Le capitaine Sagon rappellera toutefois que tous les témoignages sont les bienvenus et qu'il peuvent être pris anonymement : « C'est même un geste citoyen », informant que l'on peut prévenir la gendarmerie, même la nuit « Il y a toujours une permanence».
Bref, ces habitants au bout du rouleau semblaient vraiment venus pour jeter une bouteille à la mer, concluant : « On est à bout ! Un jour, ça va mal finir ».
L. R.